Les portes de l'Amazonie
Nous partons, en ce début de la saison des pluies, à la découverte des réalités amazoniennes. D'abord en territoire français, la Guyane, puis au Brésil, en Amapa et au Para, où nous participerons au Forum Social Mondial à Belem. L'objectif principal de ce voyage est de témoigner sur les réalités humaines et écologiques de l'Amazonie.


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FSM2009

Forum Social Mondial

Arrivés à Belem, après un passage rapide au Collège Mariste où était organisé un logement collectif, nous trouvons par chance une chambre chez l´habitant dans le quartier de Marco. Non seulement celui-ci se trouve tout près des deux campus universitaires où sont organisés les ateliers et séminaires du Forum Social Mondial, mais la personne qui nous héberge et le quartier sont très sympathiques, ce qui rend notre séjour très agréable.
 
Nous rejoignons la marche d´ouverture, alors que la pluie s´arrête juste quand nous sortons du bus. Nous retrouvons quelques personnes de la délégation de la Fondation France Libertés près du groupe des femmes d´Amazonie, puis nous remontons le cortège, en passant devant différents groupes (femmes, indigènes, noirs des quilombos, etc.), tous portés par l´importance du moment, par des rythmes, des danses et des chants entrainants.

 


 
Nous croisons également des collègues des réseaux de l´économie sociale et solidaire, fidèles délégués des forums sociaux, autour d´une grande banderole posée à plat, avec le symbole et les slogans de ce mouvement. Après plusieurs kilomètres, nous arrivons au quartier de Sao Bras, où des groupes de personnes s´attardent encore, la nuit tombée. Nous rentrons bientôt chez Mira reprendre des forces pour le lendemain. Mais, dans la nuit Sofia souffre d´une gastro et de fortes fièvres, et Pierre va seul le lendemain matin reconnaître les lieux et faire les inscriptions. En réalité, il est accompagné d´un autre délégué du FSM, également logé chez Mira un sympathique gaucho du Sud du Brésil.
 
Sur les deux campus, les délégués du monde entier finissent d´installer leurs stands, à participer aux premiers ateliers, ou à reconnaître les lieux. L´après-midi, nous assistons tous deux à un atelier sur la biopiraterie, organisé par la Fondation France Libertés, et introduits par une courte performance théatrale. Après une caractérisation assez précise de la question des brevets sur les connaissances ou sur le vivant, Patricia, représentante d´un peuple indigène d´Equateur aillant su résister aux sirènes de l´industrie pétrolière, raconte les abus des grandes entreprises cosmétiques et pharmaceutiques dans sa région. Ces entreprises brevètent des usages traditionnelles de plantes, et sont allées jusqu´à prélever des échantillons sanguins à l´insu des intéresser, pour conduire des tests. En France, le Collectif contre la Biopiraterie, une initiative à suivre, s´est crééil y a un peu plus d´un an. Ce sujet complexe, mais vital, demande une mobilisation juridique, initiée notamment par l´associatoin Sherpa, la mobilisation des consommateurs, et la recherche d´alternatives aux brevets dans les cas évoqués.
 
La circulation entre les universités où a lieu le FSM s´avère le talon d´Achille de l´organisation, car la route n´a que deux voies, malgré le vote des travaux, qui démarreront trop tard. Mais nous découvrons le lendemain une alternative pour échapper aux embouteillages : le trajet en bâteau le long du fleuve Guama, qui nous permettra d´arriver à l´Université Rurale, en pleine forêt, après avoir discuté avec Joao Mireilles Filho, auteur du "Livre d'Or de l'Amazonie" et directeur d´une ONG locale. Nous vous promettons de vous parler du livre après l'avoir lu (en portugais). La pluie est relativement ponctuelle à Belem, frappant deux ou trois fois dans l´après-midi, dont généralement une fois vers 15:00. Elle permet de tempérer la chaleur très forte.
 
Jeudi 30, nous assistons également à un atelier sur la crise et ses alternatives, et à celui du Collectif Richesse sur les nouveaux indicateurs. Parmi les dizaines de thèmes importants traités, je relève également la question de la lutte contre le travail esclave, qui se tient sous la tente Soeur Dorothy, assassinéeil y a quelques années par les fazendeiros du Para. Le secrétaire aux Droits de l´Homme y participe, critiquant sont collègue du Ministre de l´Agriculture, qu´il accuse de complicité en la matière. Le soir, un débat a lieu entre 5 présidents de l´Amérique du Sud : Lula (Brésil), Morales (Bolivie), Correa (Equateur) et Lugo (Paraguay). Ce forum voit ainsi le début d´un dialogue entre les mouvements sociaux, et notamment celui des sans-terre (MST), et les gouvernements de gauche du continent. Mais le MST avait invité tous ces chefs d´Etat, sauf le président brésilien, à son propre événement au FSM.
 
Vendredi est pour nous l´occasion de marquer une pause touristique, pour visiter la ville. Après avoir passé un moment très agréable au marché Ver-o-pseo où l´on trouve de nombreux fruits d´Amazonie, et les principales espèces de poisson comestibles, dont le très apprécié pirarucu, nous découvrons la vieille Belem, non entretenue, mais digne d´être restaurée. Le musée historico-etnographique de la forteresse nous enseigne l´histoire tragique des amérindiens et de leur défaite devant les européens. L´après-midi est consacré au Jardin Botanique et à ses centaines d´espèces de plantes, en faisant une Amazonie miniature. Plusieurs espèces animales sont également présentes, du jaguar au tapir, en passant par l´aigle harpie et différentes espèces de perroquets. Des tortues et des crocodiles sont également présents. Les arbres sont souvent d´une dimension impressionante. La pluie et l´heure nous pousse dehors. Le soir, un nouveau repas convivial dans le quartier nous réunit avec nos voisins et des participants au FSM.



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Publié à 04:30, le 31/01/2009, Belém
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Amazone

Pour aller de Macapa à Belem, la Fondation France Libertés, qui a organisé ce voyage, avait prévu, sur une idée d'Alain Ruellan, de prendre le bateau de ligne qui part de Santana, près de Macapa pour arriver à Belem. Notre départ pour cette destination mythique fût donc quelque peu épique : après 30 minutes, notre bus s'arrête devant le port, une petite ville, où des porteurs nous attendent pour charger nos sacs sur des chariots, et enfin sur l'un des ponts de notre navire. Les rares cabines du bateau nous ont été louées, et la plupart des passagers, dont la moitié de la délégation, dormiront en hamac sur l'un des ponts. Ceux du pont supérieur sont plus chanceux que ceux du pont inférieur, qui bénéficient du bruit assourdissant des moteurs. Mais pour l'heure, la police militaire contrôle tous les passagers, suite à un incident plus ou moins grave impliquant un touriste, la veille. Par chance nous naviguons avec la députée Jeanette, femme de Capi, également présent. Jeannette a fait en sorte que , pour ce voyage, la compagnie respecte les normes de sécurité, et notamment le nombre maximum de passagers.

Après avoir investi notre cabine, nous nous dirigeons tous vers la terrasse supérieure, coeur du navire. Un bar en occupe la plage avant. Et une ambiance des plus festives y règnera pendant notre trajet.  L'arrière du pont inférieur, lui, est consacré à la cuisine et au mini-restaurant associé.

Après quelques heures de navigation sur l'immense fleuve, nous rentrons tout à coup dans un canal qui traverse l'île de Marajo, qui sépare l'Amazone et le Tocatins, mais recueille leurs alluvions depuis des millénaires.  Nous observons avec enchantement de très près, les rives de la forêt équatoriale et ses centaines d'espèces d'arbres, où prédomine localement le palmier açai, qui donne de petites fruits jaunes, très appréciés  localement, et depuis quelques années plus globalement au Brésil. Tous les 300 à 500 mètres, de petites maisons sur pilotis, parfois éclairées au générateur, parfois non, marquent la présence de l'être humain dans cette contrée où la nature reste souveraine. Des petits enfants de 3 à 10 ans manoeuvrent des pirogues, qui s'élancent par défi dans notre sillage.

Nous avons la chance de voyager avec l'ancien gouverneur de l'Amapa, Capiberibe, et Alain Ruellan, spécialiste des sols. Chacun d'entre eux nous explique la situation et les perspectives de cette population, les ribeirenhos. Si ceux-ci pouvaient accéder à un bien-être un peu meilleur, la perspective d'exode rural serait repoussée. Vivant en auto-subsistance de la cueillette des fruits et d'activités agricoles, ses deux grands défis sociaux sont l'éducation et l'accès aux soins. L'équipe de Capi avait mis au point un système de ramassage scolaire par bateau, qui malheureusement a été abandonné, comme nombre des innovations de son mandat. Quant à la santé, de nombreux postes sont sans médecins et médicaments. D'un point de vue économique, il serait possible d'organiser l'écoulement des produits forestiers, après avoir mis au point des plans de gestion durable. Mais les autorités présentes ne s'intéressent pas au développement durable de ces populations, mais seulement aux grands projets miniers et forestiers, qui détruisent la forêt.

Peu après notre entrée dans cette zone de « pas perdus », le spectacle d'un front de pluie en émerveille plus d'un. La pluie tombe tout à coup en trombes. Des bâches tombent des bords du bateau pour protéger les passagers en hamac. Puis, la terrasse du pont supérieur est témoin d'une fête improvisée, malheureusement sans caïpirinha, Une nuit noire est tombée, seulement interrompue par les allers et retours d'un projecteur pour « assurer la sécurité ».

Le lendemain, après quelques heures de sommeil dans des conditions plus ou moins bonnes, le paysage est plus ouvert, et nous sommes comme dans un bras de mer, constitué par la rencontre des deux fleuves, l'Amazone et le Tocantins. Nous croisons maintenant quelques cargos et des îles flottantes, avant de voir à l'horizon, au bout de quelques heures, Belem et ses grands immeubles à l'horizon. Forum Social, nous voilà. Après quelques heures, nous louons une chambre chez l'habitant, située près des deux universités où a lieu le Forum.



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Publié à 04:28, le 29/01/2009, Macapá
Mots clefs : Amazone

Guyane 21 janvier 2009

Après 8H20 de vol, nous voici en Guyane. Le premier contact que nous avons sur le territoire est la rencontre d'un village Améridien proche de Cayenne. Après la présentation du chef coutumier du village de Sainte Rose de Lima, celui-ci nous expose la dure réalité que vit son peuple à savoir une exploitation abusive de la forêt amazonienne et de la non reconnaissance de leur identité.
 
En aparté et en refusant d'être nommé et filmé il nous confie que l'orpaillage est ce qui le détruit le plus les Amérindiens alors quoi faire? Que dire? Difficile de rester insensible et sans réaction, mais un tabou intolérable demeure sur le sujet.

Malgré ces difficultés (chômage, regroupement dans des zones enclavés, isolés et en surpopulation) le village nous offre son meilleur sourire, avec une protection et une bénédiction du Chamane du village, et des danses de bienvenue par une troupe de jeunes du village voisin de Cecilia.
Les chefs coutumiers de plusieurs villages nous présentent leur réalité, et la façon dont ils tentent d'articuler la culture amérindienne avec le contexte d'un département français.
 
Nous rencontrons également des jeunes amérindiens, qui ont pris l'initiative de lancer le premier magazine amérindien de Guyane, OKA Mag.  Ils nous invitent à visiter son site http://www.okamag.fr et à nous y abonner. Une belle initiative locale.
 

Demain : rencontre avec des chercheurs de l'Institut de la Recherche pour le Développement, et visite d'un quartier brésilien.


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Publié à 09:08, le 23/01/2009, Cayenne
Mots clefs : village Améridien

Notre programme à J -3

Pourquoi partir pour l'Amazonie, en ce début d'année 2009 ?

D'abord, parce qu'il s'agit d'un monde inconnu et mystérieux pour nous, comme pour beaucoup.

Nous savons qu'il s'agit d'un milieu riche - 50% des espèces vivantes de la planète ! - mais aussi d'un milieu fragile, en danger et même en péril de disparition. Alors que nous connaissons tous deux d'autres parties du Brésil, l'Amazonie sera, nous le savons, différente de tout ce que nous avons vu jusque là. Désir donc, d'avoir une première appréhension, un premier contact, et quelques éléments de compréhension de la plus grande forêt équatoriale du monde, mais aussi celle qui disparait le plus rapidement (au rythme de 23 000 à 25 000 km2 par an). Nous découvrirons quelques unes de ses immenses richesses naturelles, mais nous espérons comprendre un peu mieux les raisons de sa disparition progressive, et presque programmée.

Ensuite, parce qu'une partie de l'Amazonie est, cette année, le théâtre du grand rassemblement altermondialiste qu'est depuis 2001 le Forum Social Mondial. Celui-ci se tiendra du 27 janvier au 1er février à Belem, dans l'état du Para. Plusieurs dizaines de milliers de personnes du monde entier sont entendues, alors que la capacité hôtelière pour les visiteurs n'est que de 4000 chambres environ ! L'Amazonie sera, cette année, le symbole de la convergence de combats économiques, sociaux et environnementaux. En une sorte de prélude de la société civile aux négociations sur le climat que les représentants des Etats tiendront en fin d'année à Copenhague, pour définir la feuille de route à suivre au cours de la prochaine décennie. Mais aussi pour rappeler que cette société a des réponses et des positions sur les crises économique, financière, sociale et géopolitique actuelles.

Voyage de découverte, d'un milieu naturel, des hommes et des femmes qui y vivent, et du symbole qu'il représente pour l'avenir de notre planète et de nos sociétés, donc. Dans la première partie de notre voyage, nous feront partie d'une délégation d'une vingtaine de personnes engagées.

Notre voyage sera d'une dizaine de jours seulement. C'est peu pour un milieu aussi grand. Mais la vie moderne, nos obligations professionnelles ne nous ont pas permis d'y rester plus longtemps. Cependant, nous reviendrons, c'est certain. Voici quelques points forts de notre programme de voyage :

21 janvier. Départ de Paris et arrivée à Cayenne.
22 et 23 janvier. Visite d'un village amérindien, avec nuit sur place.
23 janvier. Vol pour Macapa (état d'Amapa), Brésil.
24 janvier. Journée de dialogues franco-brésiliens sur l'impact de la crise mondiale sur les populations, et les nouveaux indicateurs de richesse, dans une perspective de développement durable en Amazonie.
25 janvier. Trajet en bâteau sur le réseau fluvial amazonien.
26 janvier. Arrivée à Belem. Visite de la ville.
27 janvier. Participation à quelques événements préfigurant le Forum Social Mondial. Ouverture de celui-ci en soirée.
28 janvier. Journée Pan-amazonienne au FSM « 500 ans de résistance, de conquêtes et de perspectives afro-indigènes et populaires ».
29 janvier. Participation à quelques ateliers au FSM. Départ pour l'île de Marajo.
30 et 31 janvier. Visite de l'île de Marajo, de son milieu naturel et rencontre avec sa population.
1er février. Départ dans l'après-midi.

Pierre et Sofia

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Publié à 01:28, le 18/01/2009, Guyane française
Mots clefs : Amazonie